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Récritures et adaptations
Astrée. Première partie (1678)
Astrée. Première partie, Paris, Claude Barbin, 1678. 2 volumes in-12 (100 p. + 63 p.) reliés en un seul tome.
Cette réécriture (au texte souvent très fautif) de la Première partie de L’Astrée se divise elle-même en deux parties, qui ne prennent en compte que les trois premiers livres du roman : la première intègre les livres I et II, la seconde ne comportant que le livre III. Proposée par le célèbre libraire parisien Claude Barbin, l’entreprise tourne court : les quatre parties suivantes de l’œuvre d’Honoré d’Urfé ne feront pas l’objet d’une semblable opération éditoriale.
« Habillée à la mode », selon l’expression de Bussy-Rabutin, mise « en bon françois, retranchée de tous ses méchants vers et réduite seulement à ce qui sera nécessaire », d’après sa correspondante Mme de Senneville (lettre du 25 avril 1678), cette Astrée est la première d’une série de réécritures touchant aussi bien aux choix narratifs qu’à la lettre du texte, au profit des formes et des valeurs nouvelles de l’esthétique galante.
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La Nouvelle Astrée, dediée à son Altesse Royale Madame, Paris, Nicolas Pépié, 1712. Un vol. in-12 de 210 p.
Cette réécriture de L’Astrée (nouvelle émission en 1713) est attribuée à l’abbé de Choisy. L’édition hollandaise (Leyde, J. Sambix le Jeune, 1718) porte en page de titre La Nouvelle Astrée. Par Monsieur l’Abbé C**. Cette attribution, qui figure en toutes lettres dans les Mélanges tirés d’une grande bibliothèque de Contant d’Orville (Paris, Moutard, 1779, II, p. 60) demeure très discutée : contestée par Georges Mongrédien puis Richard Parish, elle ne convainc pas non plus Dirk Van der Cruysse (L’Abbé de Choisy, androgyne et mandarin, Paris, Fayard, 1995, p. 396).
Le roman d’Honoré d’Urfé, transformé en « petit Ouvrage de galanterie champêtre » (« Avertissement », non paginé) est désormais divisé en quatre parties, dénouement inclus. Le rédacteur de cette édition a entrepris de le « purger de Theologie, de Politique, de Medecine, de Poësie » pour satisfaire au goût d’un public que l’érudition d’Urfé ne satisfaisait plus depuis longtemps ; concentré sur les amours d’Astrée et de Céladon, il fait l’économie de tous les récits enchâssés.
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Bibliographie
DENIS, Delphine, « Bergeries infidèles : les modernisations de L’Astrée (1678-1733) », Seventeenth-Century French Studies, n°29, 2007, p. 19-28.
LATHUILLERE, Roger, « Quelques remarques sur la réédition de l’Astrée en 1678 », dans Mélanges de littérature et d’histoire offerts à Georges Couton, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1981, p. 129-136
MAGENDIE, Maurice, Du nouveau sur L’Astrée, Paris, H. Champion, 1927, p. 63-74.
REED, Gervais E., Claude Barbin : libraire de Paris sous le règne de Louis XIV, Genève, Droz, 1974.
L’Inconstance d’Hylas. Trage-comédie pastorale. Par le sieur Mareschal, Paris, François Targa, 1635. 119 p.
« C’est tout dire en deux mots : VOICY HYLAS. » Dans l’avis au lecteur placé en tête de L’Inconstance d’Hylas lors de sa publication en 1635, André Mareschal ne boude pas son plaisir : il donne enfin à lire au public une pièce dont le succès ne s’est pas démenti pendant cinq ans sur les théâtres parisiens. En effet, cette tragi-comédie irrégulière et légère, dans la vogue des adaptations théâtrales de L’Astrée initiée par Mairet et Rayssiguier dès 1630, a su séduire le public en mettant au premier plan de l’intrigue un personnage fantasque, haut en couleurs, qui attire encore des spectateurs, en province, jusqu’en 1662.
André Mareschal
De la biographie de Mareschal, nous ne connaissons que quelques bribes, recueillies au fil du paratexte de ses ouvrages ou de quelques documents d’archives. D’origine lorraine, il naît au tout début du siècle, et fait des études de droit : en 1630, dans le privilège d’impression de La Généreuse Allemande, sa première pièce, il est désigné comme « avocat au parlement de Paris ». Dans la capitale, il fréquente les milieux littéraires et mondains malherbiens, sous la protection de plusieurs mécènes, notamment Gaston d’Orléans, frère du roi Louis XIII, dont il fut bibliothécaire autour de 1630, soit à l’époque de notre pièce. Après la chute de Gaston d’Orléans, il se rapproche du cercle de Richelieu vers 1633, et s’affirme essentiellement comme un auteur de théâtre. Sa trace croise ensuite le parcours de Molière, à l’occasion de l’acte notarié fondant l’Illustre Théâtre en 1643 : en effet, Mareschal y est cité comme témoin, avocat consultant, voire, comme l’interprète Alan Howe, soutien financier de la jeune troupe. C’est la dernière occurrence de son nom hors de ses pièces publiées (voir la signature de Mareschal sur cet acte : http://www.toutmoliere.net/iconographie/index.php, onglet « Illustre Théâtre ») ; au-delà de 1645, aucun renseignement ne subsiste sur notre auteur, probablement mort aux alentours de cette date.
L’Inconstance d’Hylas : une tragi-comédie au cœur de la production et de la démarche esthétique de Mareschal
L’œuvre d’André Mareschal, de peu d’ampleur, se compose de quelques textes poétiques, un roman et neuf pièces de théâtre. L’Inconstance d’Hylas, écrite probablement à la toute fin des années 1620, s’inscrit au cœur de cette production. Après s’être illustré dans le genre poétique avec les Feux de Joye de la France sur l’heureuse alliance d’Angleterre en 1625, puis avoir tenté d’ouvrir une nouvelle voie pour le roman en 1627 avec sa Chrysolite ou le Secret des romans, l’auteur se tourne vers le théâtre à la fin de la décennie 1620. De ces deux premières pièces, La Généreuse Allemande et La Sœur valeureuse, la postérité a surtout retenu une préface, accompagnant la seconde journée de l’Allemande, qui prend le parti des irréguliers dans la querelle de la tragi-comédie. Il s’agissait ainsi de défendre une liberté absolue dans la conception de la pièce, qui ne respectait donc pas les règles du poème dramatique, pour que triomphe l’imitation du réel et, partant, le plaisir du spectateur. Hylas constitue une inflexion de cette esthétique du côté pastoral, comme l’indique son sous-titre « trage-comedie pastorale » ; Mareschal retrouve, à la fin des années 1630, la même veine, avec l’Arcadie ou la Cour bergère, adaptation d’un roman anglais de Philip Sidney. Ces deux adaptations, au cœur de la carrière dramatique de Mareschal, sont les dernières concessions faites à une esthétique irrégulière : dans toutes les autres pièces suivant Hylas (Le Railleur ou la Satire du temps, une comédie, puis une tragi-comédie, Le Mauzolée, et enfin deux tragédies, Le Jugement équitable de Charles le Hardy, et Papyre ou le Dictateur romain), le dramaturge respecte les règles formulées par Mairet puis Chapelain dès 1630. Hylas, par sa position centrale dans l’œuvre de Mareschal, par sa grande singularité, se pose comme l’aboutissement d’une première esthétique du dramaturge.
L’Inconstance d’Hylas, tragi-comédie rhapsodique
La Conclusion et dernière partie d’Astrée, publiée par Balthazar Baro en 1628, donne une fin aux diverses intrigues du roman pastoral d’Honoré d’Urfé, immense succès de librairie du début du XVIIe siècle. Depuis la première tentative de Jean Mairet, avec Chriséide et Arimand, la mode des adaptations théâtrales du roman était lancée ; l’achèvement de l’œuvre voit fleurir un nouveau type d’adaptations, portant sur l’intégralité du roman. Mareschal suit en cela la même démarche que Rayssiguier, qui avait proposé une Tragicomedie pastorale où les Amours d’Astrée et de Celadon sont meslées à celles de Diane, de Silvandre et de Paris avec les inconstances d’Hilas. Néanmoins, notre dramaturge propose une lecture originale du texte urféen. Loin de sélectionner, comme Rayssiguier, des séquences narratives, élaguant les récits enchâssés, et résumant la trame principale du roman en quelques scènes clés, Mareschal relit le roman et choisit sa matière en fonction d’un seul personnage, Hylas, le berger inconstant qui traversait tout le texte narratif. Il sélectionne ainsi des passages du roman tout à fait hétérogènes : l’histoire d’Hylas, appartenant à la fois à des récits enchâssés et à la narration principale, distribuée dans la bouche de plusieurs narrateurs intra- et extra-diégétiques, ne se trouve liée que par la constance du caractère d’Hylas… l’inconstant. C’est ce paradoxe qui, développé à tous les niveaux de la pièce, fait de cette tragi-comédie une œuvre singulière.
Le premier fil d’intrigue repose sur un carré amoureux, avec deux couples, l’un malheureux, Périandre aimant Dorinde qui le méprise, et l’autre heureux, composé d’Hylas et de Florice. L’inconstance d’Hylas, qui le pousse à trahir l’amitié de Périandre pour séduire Dorinde, vient troubler les relations harmonieuses entre les deux amies ; les trois actes progressent ainsi de péripétie en péripétie, avec la ruse du miroir (directement tirée de L’Astrée), puis les quiproquos autour de lettres volées. La fin de l’acte III fait triompher l’inconstance d’Hylas, qui rend Dorinde à Périandre et abandonne Florice à un mariage indésirable.
Ainsi la tragi-comédie pastorale de Mareschal s’avère extrêmement irrégulière, voire parfois maladroite : en effet, elle ne résout qu’un fil de son intrigue mal unifiée, abandonnant les autres personnages sans régler leur sort. En outre, Mareschal fait preuve de désinvolture dans le traitement des données du roman : certains détails, comme l’attaque de Dorinde par des émissaires du roi Gondebaut (acte IV, scènes 4 à 6), sont ainsi laissés en suspens, compréhensibles pour les seuls lecteurs de L’Astrée. Malgré ces maladresses d’adaptation, Mareschal s’efforce de construire une intrigue reposant tout entière sur les aventures du héros volage, tantôt racontées par lui-même dans des tirades ou des monologues, tantôt montrées lors de scènes galantes à la fois animées et spirituelles. C’est la figure centrale d’Hylas qui, rassemblant sur elle et dans une même thématique les deux trames, donne une unité à la pièce, malgré les nombreux changements de lieux et la grande extension temporelle de l’intrigue. Par la récurrence de son comportement d’inconstant, qui n’est autre qu’une application du principe aristotélicien de la constance du caractère, Mareschal introduit dans la dramaturgie tragi-comique un nouveau principe de construction, la répétition, et découvre, poussé par sa lecture du roman, ce qui fonde la construction de l’intrigue dans les comédies de caractère. Bien plus, en plaçant le change au centre de sa pièce, le dramaturge en fait un thème récurrent, une structure dramatique et dramaturgique : instaurant un rythme soutenu dans une œuvre dynamique, gouvernant les changements de décor à vue, le développement de l’intrigue par accumulation d’aventures, comme l’elocutio des scènes qui proposent tous types de pièces enchâssées (stances, chansons, dialogues en stichomythie), l’inconstance ne caractérise plus seulement l’attitude d’Hylas, elle affirme la liberté créatrice revendiquée dès la préface de La Généreuse Allemande et résume l’esthétique profonde de la démarche scripturale de Mareschal.
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Bibliographie
Le Railleur ou la Satire du temps, éd. Giovanni Dotoli, Bologne, Pátron, 1971.
La Cour bergère ou l’Arcadie de Messire Philippes Sidney, éd. Lucette Desvignes, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1981, deux volumes.
Écrivains de théâtre (1600-1649). Documents du minutier central des notaires de Paris, éd. Alan Howe, Paris, Centre historique des Archives nationales, 2005, notamment « XI. Mareschal », p. 118-123.
Temps de préfaces : le débat théâtral de Hardy à la Querelle du Cid, éd. Giovanni Dotoli, Paris, Klincksieck, 1997.
Dalla Valle, Daniella, « La Généreuse Allemande de Mareschal. Aspects thématiques, dramatiques et théoriques », Esthétique baroque et imagination créatrice. Colloque de Cerisy-la-Salle (juin 1991), éd. Marlies Kronegger, Tübingen, Narr, « Biblio17 », 1998, p. 189-203.
Desvignes, Lucette, « De l’Arcadie de Sidney à La Cour bergère, ou du roman pastoral à la tragi-comédie », Le Genre pastoral en Europe du XVe au XVIIe siècle. Actes du colloque tenu à Saint-Étienne (28 septembre - 1er octobre 1978), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, « Centre d’Études de la Renaissance et de l’âge classique », 1980, p. 311-318.
Maubon, Catherine, « Libertés et servitudes tragi-comiques dans le théâtre d’André Mareschal », Saggi e ricerche di letteratura francese, XIII, 1974, p. 27-51.
Maubon, Catherine, « Pour une poétique de la tragi-comédie : la préface de La Généreuse Allemande », Rivista di letterature moderne e comparate, XXVI, 1973, p. 245-265.
